Newsletter

 

 

Bookmark and Share

ven

18

jun

2010

Jeff Mills sort un disque hybride, vinyle et CD à la fois

Un demi-siècle après l'invention du disque vinyle et trente ans après l'invention du disque compact (CD), l'éternel débat entre partisans de l'analogique et du numérique continue d'animer les audiophiles. Les uns louent la « chaleur » du vinyle et blâment l'aspect échantillonné du CD, tandis que les autres apprécient la souplesse du numérique dont est dépourvue l'analogique.
 
Jeff Mills, pionnier de la production de musique électronique, domaine dans lequel les deux supports font jeu égal, ne sait pas sur quel pied danser.
 
Il a donc lancé une édition limitée de son dernier EP sous la forme d'un disque hybride double face, de 12 centimètres de diamètre. L'une des deux faces est un CD audio tout ce qu'il y a de plus conventionnel, avec une bande son échantillonnée à 44,1 kHz qu'on peut facilement numériser puis transférer sur le dispositif de son choix, tandis que l'autre face est un vinyle d'un format inédit, disposant d'un microsillon que n'importe quelle platine vinyle peut restituer, à condition toutefois d'utiliser un adaptateur adéquat.
 
Intitulé « The Occurrence », ce maxi complète la série « Sleeper Wakes », qui explore de multiples manières innovantes de présenter le son. Jeff Mills a notamment joué sur une scène dans laquelle son équipement avait été camouflé, donnant ainsi l'impression qu'il était seul.

 

www.clubic.com

plus d'infos 0 commentaires

ven

21

mai

2010

"Collectionner des disques, une passion"

Fabrice, Cherbourgeois, collectionne les vinyles depuis l'âgede 14 ans. Aujourd'hui, il en compte 1 500 dont 95 % de 33 tours.

 

« Presque trop », lance-t-il. À 17 ans, c'est la révélation. « J'ai eu un choc affectif en écoutant Hendrix, Pink Floyd, les Doors et Frank Zappa. Je suis tombé amoureux de la musique psychédélique. »

 

Depuis, il écoute de nouveaux groupes. « C'est la quête perpétuelle, sans fin, pour découvrir des artistes qui n'étaient pas connus à l'époque. Sandroze, Chico Magnetic Band, Cosmic Dealer, on trouve de vrais trésors. » Pour les dénicher, « il faut se lever tôt. »

 

Fabrice sillonne l'Ouest, passe beaucoup de temps dans les foires, brocantes et vide-greniers. « Sans oublier Internet qui permet aujourd'hui de trouver des vinyles dans différents pays. » Petit à petit, un réseau se crée entre collectionneurs. Ils peuvent échanger, se donner des tuyaux.

Lorsque Fabrice a un disque en tête, il se concentre sur une réédition. « Ensuite, je recherche le pressage original. »

 

Aujourd'hui, ce qui marche, c'est Johnny Hallyday, Mylène Farmer. « Ca ne se terminera jamais », sourit-il. Il y a aussi U2, Led Zeppelin et surtout les Beatles, « le groupe qui vend le plus de disques sur une foire. » Parfois, il faut y mettre le prix. « Certains disques atteignent 3 000 €. Ce sont généralement des disques vendus par des particuliers à des prix très hauts. »

 

Selon Fabrice, le but n'est pas de tout collectionner. « Il faut avoir les groupes qui nous plaisent vraiment. » Notre passionné sait déjà qu'il ne trouvera pas certains vinyles. « Par exemple, le pressage original du groupe Open Mind est introuvable. Je le chercherai donc toute ma vie et je suis prêt. »

 

Ouest-France

plus d'infos 0 commentaires

lun

29

mar

2010

1982 marqua une date pour les « archéologues » de la pop music

 

 

 

Le CD et le DVD, supports peu goûtés par les collectionneurs de microsillons, ont néanmoins permis d'exhumer des documents rarissimes qu'on croyait perdus à jamais.

 

Dès le 1er janvier 1970, par un effet de calendrier, des millions d’adultes réalisaient que les chansons qui avaient bercé leur enfance étaient introuvables sur disques (bien sûr, le back catalogue des idoles restait disponible : Beatles, Rolling Stones, Bob Dylan, et, en France, Hallyday, Brel, Brassens etc. mais le choix était limité). Les plus prévoyants (ou les plus malins) en avaient conservé des enregistrements… mais dans quel état ? La mini-cassette, qui existait depuis 1964, proposait une sonorité médiocre en raison de sa vitesse de rotation extrêmement basse (4,75 centimètres par seconde). Pour une qualité sonore appréciable, il fallait au moins du 9,5cm/s voire du 19cm/s, vitesse du magnétophone à bande, objet beaucoup plus cher que la mini-K7. De 1970 à 1982, quelques enregistrements rares passèrent de mains en mains, mais rien de significatif. Il fallut donc se résigner : certains disques rares, certaines émissions de radio ou de télé étaient perdus à jamais.

 

Non !

 

Le show business n’est pas constitué de philanthropes, loin de là ! Les collectionneurs d’enregistrements rares de musique populaire ne constituaient pas, a priori, un marché juteux. Quel intérêt, dès lors, d’aller fouiller dans des tonnes d’archives (souvent mal conservées) pour retrouver des documents dont la publication sur vinyln’aurait rapporté qu’une poignée de dollars ? En revanche, le CD, lui, s’avérait beaucoup plus rentable. C’est ainsi qu’à partir de son lancement en 1982, les « majors » et même les petits labels se lancèrent dans une vaste opération, non seulement de réédition de disques rares et épuisés, mais également dans la publication de documents jusqu’alors inédits. Et, dans la foulée, vu le succès de ces CD, la publication de documents audio se poursuivit en vidéo sur DVD.

 

Les collectionneurs eux-mêmes furent mis à contribution

 

Au début des années 2000 fut retrouvée dans une caisse de bandes magnétiques suintant l’humidité une interview inédite de Serge Gainsbourg datant de 1967. Certes il y eut un gros travail de restauration pour le rendre audible

Mais aujourd’hui le document est sauf. En ce qui concerne les Beatles, un cas différent se présenta. En 1982, à l'occasion des vingt ans des Beatles, lors de la réédition du single "Love me do" de 1962, EMI fut contraint d'utiliser un 45 tours d'époque en état "presque Mint" emprunté à un collectionneur. Il était impossible, en effet, de retrouver la bande magnétique originale qui, pourtant, aurait dû être conservée dans les archives de la maison de disque.

 

Et les clips ?

 

Le terme « video clip » est passé dans le langage commun au début des années 80. N’empêche que le concept existait depuis bien plus longtemps. On pourrait remonter au début du 20ème siècle avec les « phonoscènes » de 1905, procédé amélioré trois ans plus tard par le « phonocinématographe » (1908) : il s’agit tout simplement de… vidéo-clips, au même titre que les Scopitones des années 1960-1965. Et c’est justement en 1965 que les Beatles « inventèrent » le vidéo-clip… pour de simples raisons pratiques : leur succès était tel qu’ils devaient sans cesse interpréter les chansons de leurs nouveaux disques sur les plateaux de télé du monde entier. Pour éviter de traverser la planète pour une opération de promotion qui se résumait, somme toute, à trois minutes, ils eurent l’idée de filmer, une fois pour toutes, leurs nouvelles chansons et d’envoyer le même document à toutes les chaînes. Le vidéo-clip était VRAIMENT né ! Mais jusqu’à tout récemment, il était impensable de revoir ces documents diffusés une fois ou deux à la télé il y a un demi-siècle. Or, grâce au DVD, ces documents que l’on croyait avoir péri, ressurgissent progressivement. Quel régal, quelle surprise de revoir (en noir et blanc) les Rolling Stones chantant "We love you" quelques jours après leur sortie de prison en 1967. Et ce gros plan sur le visage de Brian Jones complètement camé ! Une image qui, curieusement, n’avait pas été censurée.

 

 Daniel Lesueur pour suite101.fr

plus d'infos 0 commentaires

ven

19

mar

2010

Alex Chilton: une Big Star monte au ciel

Songwriter démentiel, l’ancien leader des Box Tops et surtout de Big Star, très influent groupe de Memphis, a été terrassé par une crise cardiaque à 59 ans.

 
Alex Chilton est mort le 17 mars à New Orleans des suites d’une crise cardiaque. Peu connu du grand public, le songwriter de Memphis est considéré pour beaucoup et à juste titre comme un acteur culte et essentiel de la scène rock des années 70. Pour Tom Waits, Chilton était le Thelonious Monk de la guitare rythmique...
 
S’il décroche la gloire avec son premier groupe les Box Tops pour le légendaire single The Letter (il n’a que 16 ans !), c’est avec Big Star que Chilton entre réellement dans la légende. Mais comme pour certains groupes ou certains disques souvent négligés en leur temps, la canonisation de cette Grosse Etoile à la carrière éphémère n’interviendra que bien plus tard…

 

Une Grosse Etoile réellement vénérée par des gens aussi divers que R.E.M., Wilco, Elliott Smith, Teenage Fanclub, les Bangles, Sparklehorse, Garbage, Jeff Buckley, Cheap Trick, Cat Power, Yo La Tengo, Placebo et bien évidemment les Replacements de Paul Westerberg qui composeront une superbe chanson sobrement intitulée Alex Chilton

 
Né dans une famille de musiciens le 28 décembre 1950 à Memphis dans le Tennessee, Alex Chilton est rapidement repéré à l’école pour ses capacités vocales. Il intègre les Devilles rebaptisés Box Tops. Memphis est alors un fief on ne peut plus conservateur dans un Sud où les marques de la ségrégation poussent certains locaux à en refuser ce diktat. Avec leur pop matinée de blue-eyed soul, les Box Tops sont propulsés sur le devant de la scène nationale et surtout internationale grâce au single The Letter qui sort à l’été 67.
 
Si Alex Chilton impose sa voix, c’est la qualité des chansons composées par la crème des musiciens locaux comme Dan Penn, Chip Moman et Spooner Oldham qui marque les esprits. Après quatre albums (The Letter/Neon Rainbow en 1967, Cry Like A Baby en 1968, Non-Stop également en 1968 et Dimensions en 1969), les Box Tops se séparent en 1970.
 
Alex Chilton peaufine alors son jeu de guitare, son chant et son écriture à Memphis et s’envole quelques mois à New York pour là aussi emmagasiner expérience et savoir-faire De retour à Memphis en 1971, il fonde Big Star avec notamment Chris Bell, autre cerveau de cette formation inclassable. Dès le premier album du groupe, #1 Record enregistré au légendaire studio Ardent de Memphis, on sent l’étonnant et atypique carambolage d’influences. Et si l’affaire est à la base foncièrement pop – les effluves Beatles, Beach Boys et Kinks sont évidentes – la musique du groupe intègre d’étranges et belles parties de guitares, des éclairs presque soul et de nombreuses bizarreries disséminées tout au long du disque. Alliant les mélodies et les structures de la pop music à l’énergie du rock’n’roll, Big Star invente un genre, la power pop, dont ils restent les parrains les plus doués.
 
Ce premier disque est aussi l’œuvre de deux personnalités bien distinctes : Alex Chilton le rebelle nerveux et amer et Chris Bell le rêveur torturé. Si dépressif qu’à la fin de l’année 1972, celui-ci quittera le navire avant la finalisation du second opus du groupe, Radio City. Chris Bell préparera un bouleversant opus solo porté par les chefs d’œuvre I Am the Cosmos et You And Your Sister avant de périr dans un accident de voiture en décembre 1978.
 
Alex Chilton publie donc Radio City en 1974. Second album de Big Star et second chef d’œuvre de pop étrange au cœur duquel l’on trouve (attention, roulement de tambour !) l’une des plus belles chansons de l’histoire de la pop music : September Gurls. L’époque vénère alors l’artillerie lourde de formations comme Led Zeppelin et la power pop du groupe de Memphis, à la fois colorée et viscieuse, fait tache dans le paysage américain.
 
Si Big Star commence à battre de l’aile, Chilton accouche tout de même, en 1978, d’un troisième album improbable (baptisé Third par certains et Sister Lovers par d’autres…). Produit par le sorcier de Memphis, Jim Dickinson, cet ovni beau et effrayant à la fois renferme tant l’ADN initial de Big Star que d’étranges expérimentations folles héritées du Velvet Underground (hallucinante reprise de Femme Fatale), de Nat King Cole (Nature Boy), des Kinks (Til The End Of The Day), de la soul music sudiste et même de la musique classique ! Il y a dans cet improbable machin apocalyptique, dans cette superbe descente aux enfers, du violoncelle, des larsens et l’état désespéré de Chilton, comme la décomposition en direct de son groupe qui n’en est plus un. Un album kaléidoscopique improbable et génial ! Un chef d’œuvre tellement utile que Big Star peut définitivement baisser le rideau en cette même année 74…
 
Chilton se lancera désormais seul, sous son nom, sortant des albums solo régulièrement, tantôt flamboyants et toujours étranges (comme le chaotique Like Flies On Sherbert en 1979), où les reprises sont souvent légions (rock certes mais aussi country et même jazz). Dans les années 80, il se produira régulièrement avec une autre figure déjantée de la scène de Memphis, Tav Falco, qu’il épaulera régulièrement au sein du groupe Panther Burns. Il reformera également Big Star à plusieurs reprises épaulé par les Posies.
 
La scène indé redécouvre Big Star à la fin des années 80 et Chilton est souvent cité comme une influence pour de nombreux groupes et songwriters. Mais si cette carrière solo demeure au final assez anecdotique quoique non négligeable, Alex Chilton aura eu le mérite d’apporter une contribution majeure à l’histoire de la pop et du rock avec les trois albums de Big Star, comme le triptyque vital d’un genre passé au filtre du cerveau bouillonnant, cultivé mais aussi complexe et surtout enigmatique bonhomme.

 

http://www.qobuz.com

plus d'infos 0 commentaires

mer

17

mar

2010

Jean Ferrat

Chaude et grave, lyrique et "noueuse comme un pied de vigne", la voix de Jean Ferrat est entrée dans les foyers français en 1964 avec La Montagne. L'époque était au règne des copains sur les transistors, au twist et au yé-yé, au consumérisme de l'american way of life. A contre-courant, Jean Ferrat, mort samedi 13 mars en début d'après-midi, à l'âge de 79 ans, à l'hôpital d'Aubenas (Ardèche), toucha le pays avec sa chronique douce-amère de l'exode rural, dénonçant les mirages du progrès, du "Formica et du ciné".

 

Avec son hautbois mélancolique, La Montagne est restée (bien avant l'avènement de Francis Cabrel) comme l'une des premières manifestations de l'écologie en chanson, critique de la malbouffe comprise - le fameux "poulet aux hormones" final. Elle rivalise en popularité avec Ne me quitte pas ou Prendre un enfant par la main.

 

Les Français ont souvent préféré ce Ferrat-là, jeune et séducteur, à l'autre, jugé caricatural, le chanteur engagé avec sa moustache grise et ses coups de gueule contre la censure et la dictature du Top 50. Jean Ferrat fut parfois honni, essentiellement en raison de son compagnonnage avec le Parti communiste. Un compagnonnage critique, pourtant, avec ce parti dont il n'a jamais été membre. Peu importe, ses chansons, à quelques tracts près, ont résisté à la chute du mur de Berlin.

 

On pourra lui reprocher de s'être trompé comme bien d'autres, mais on ne pourra pas mettre en cause sa sincérité et son honnêteté. Né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine), Jean Tenenbaum était un authentique fils du peuple, quatrième et dernier enfant d'un artisan joaillier et d'une fabricante de fleurs artificielles. En 1942, le bonheur familial est renversé par le vent tragique de l'Histoire : le père est déporté et mourra à Auschwitz. L'enfant, âgé de 11 ans, est sauvé par des militants communistes.

 

Plus de vingt ans plus tard, après avoir vu le film éponyme d'Alain Resnais (1956) Jean Ferrat écrira la chanson Nuit et Brouillard, à la mémoire de "Jean-Pierre, Natacha ou Samuel", ces hommes devenus des "nombres" : "Je twisterais les mots s'il fallait les twister/Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez." Les autorités officielles déconseillent le passage de la chanson sur les radios et à la télévision. Elle sera pourtant un succès et aura contribué au début d'une prise de conscience sur le rôle de la France dans la déportation.

 

Ironie des hasards biographiques, l'auteur de La Commune, éloge des ferronniers, menuisiers et forgerons, écrit à l'occasion du centenaire de l'insurrection parisienne, a grandi à Versailles. Il doit interrompre sa scolarité au collège Jules-Ferry pour subvenir aux besoins de sa famille. Employé dans un laboratoire de chimie du bâtiment, il monte timidement sur les planches et fréquente le Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar. En même temps, il s'essaie à la guitare, d'abord dans un orchestre de jazz. Rebaptisé Jean Laroche - il optera ensuite pour Ferrat, en référence à Saint-Jean-Cap-Ferrat -, il intègre le circuit des cabarets parisiens, le Riverside, la Rose rouge, Milord l'Arsouille, l'Echelle de Jacob, la Colombe, en empruntant son répertoire à Yves Montand.

 

En 1956, André Claveau, fort populaire à l'époque, a enregistré Les Yeux d'Elsa, la première adaptation par Ferrat d'un poème d'Aragon. D'autres suivront jusqu'à la rencontre, en 1961, du chanteur et de l'écrivain. Jean Ferrat est complimenté par l'auteur alors qu'il n'a pas hésité à retrancher, élaguer ou isoler ses vers pour en faire des refrains.

 

Comme interprète, Jean Ferrat devra attendre 1960 pour sortir de l'anonymat. Son deuxième 45-tours contient Ma môme, une romance populiste qui glorifie la France laborieuse et morale des petits, attachée aux bonheurs simples : "Ma môme, ell' joue pas les starlettes/Ell' met pas des lunettes/De soleil/Ell' pos' pas pour les magazines/Ell' travaille en usine/A Créteil." Même si les paroles ont été écrites par Pierre Frachet, ce titre est déjà représentatif du style de Ferrat, qui mêle souvent dans une même chanson sentiments amoureux et commentaire social, sinon politique.

 

La chance lui sourit. Son premier album 25 centimètres est couronné en 1963 du Prix de l'Académie du disque Charles-Cros. Sa musique accompagne en 1965 les films La Vieille Dame indigne, de René Allio, et Le Coup de grâce, de Jean Cayrol, à propos de l'expérience de la déportation à Mauthausen du poète et éditeur.

 

Deux femmes contribuent grandement à l'ascension de Ferrat en reprenant ses premières chansons : Zizi Jeanmaire, qui lui ouvre les portes de l'Alhambra, le music-hall de Maurice Chevalier, et Isabelle Aubret (Deux enfants au soleil), qui partage ses sympathies politiques. Dès ses débuts, Jean Ferrat fait équipe avec l'éditeur Gérard Meys, son directeur artistique, et avec l'orchestrateur Alain Goraguer.

 

Démêlés avec la censure

 

Après Léo Ferré et Jacques Brel, il a signé un contrat en 1963 avec l'éditeur phonographique Eddie Barclay. "Je ne lui demande pas pourquoi il a l'idée saugrenue d'être communiste, avait commenté le nabab séducteur, il ne m'interroge pas sur mes goûts excentriques." A la mort de Barclay, en mai 2005, Jean Ferrat avait déclaré au Monde : "Il ne s'est en aucun cas immiscé dans mes disques. Il y avait une sorte d'accord entre nous. J'étais loin de son monde et lui du mien. Il m'invitait à ses mariages, mais je n'y suis jamais allé."

 

Potemkine, en 1965, vaut à Ferrat ses premiers démêlés avec la censure. Cette chanson est victime d'un malentendu : elle est perçue comme une ode à la révolution bolchevique - au moment de la "normalisation" brejnévienne -, alors qu'elle célèbre la révolte des marins du célèbre cuirassé... pendant la révolution de 1905, et par là même le film d'Eisenstein Le Cuirassé Potemkine. Invité à l'émission télévisée "Age tendre et tête de bois", Jean Ferrat doit renoncer à l'interpréter, ce qui ne l'empêchera pas de devenir un classique des carnets de chants scouts.

Bruno Lesprit pour Le Monde
plus d'infos 0 commentaires